La Formation à l’Ere du Numérique : Le Long Terme en Temps Réel

Professeur Nezha Lahrichi
La Formation à l’Ere du Numérique : Le Long Terme en Temps Réel

13ème édition  des Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence, organisées par le Cercle  des  Economistes  (Français) tenue le 5, 6 et 7 juillet 2013.

 Pourquoi la formation à l’ère du numérique ?

 Pour deux raisons essentielles :

  1. Il s’agit de l’ère où il faudra prendre le temps d’aller vite.
  2. Les technologies du numérique peuvent être un levier de la transformation du système éducatif sachant qu’avec le numérique, le monde vit un processus de transformation qui s’inscrit dans la durée et qui redessine les contours de nos sociétés.

Avant d’évoquer les conditions nécessaires à  l’émergence des systèmes éducatifs pour le 3e millénaire, quelques éléments de la métamorphose du contexte des apprenants sont à préciser :

 

  • Cette métamorphose soulève la question du degré de césure entre domaine scolaire et territoire hors école, où la culture numérique est très présente.Contrairement au paradigme traditionnel de la formation qui s’appuie sur la continuité du temps et la patience, le nouveau paradigme  produit par la média sphère se fonde sur la discontinuité et la rapidité : il est devenu insupportable de devoir attendre pour apprendre.
  • Les modèles de production et de diffusion de la  connaissance sont bouleversés.
  • Le volume de l’information croit de façon exponentielle mais si le patrimoine de la connaissance est important, il reste fragmenté et non structuré, d’où le défi de la maitrise des méthodes de recherche d’information et de connaissance sur le net car le processus de gestion de l’information a ses exigences et ses étapes.

L’acquisition du savoir n’est plus un processus systématique discipliné méthodique. Une révolution cognitive est donc en marche.

Cette révolution concerne les mêmes générations disséminées sur la planète, dans tous les pays quel que soit leur niveau de développement. Une nouvelle culture jeune a émergé, une sorte de culture de masse : refus des formes et des étiquettes, idéologie du temps libre, le progrès est une avancée naturelle, c’est un droit, ce qui compte c’est l’expérience dans son immédiateté, un sentiment de liberté qui accompagne  la  perception de disparition des frontières :  on peut travailler ou se distraire où on veut, quand on veut, comme on veut.

Le potentiel économique de cette génération de jeunes est immense car ils sont bien placés pour l’usage des technologies de l’information et l’inter connectivité mondiale à condition qu’ils soient  sensibilisés, bien orientés et bien formés.

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Comment faire des technologies du numérique un levier de la transformation du système éducatif pour former pour le 3e millénaire ?

Un constat concerne de nombreux pays :Les formations aux cultures du numérique font l’objet d’incitations mais la réalité est loin  de ces incitations. Pour l’instant, les usages ludiques et de communication prédominent.

Un écueil à éviter: ne pas adhérer au discours technophile et aux clivages simplifistes entre natifs du digital et immigrants qui nuisent aux perspectives de transmission intergénérationnel ; il y a un risque de décrédibiliser l’école, de considérer les enseignants comme inaptes et qui dispensent une formation dépassée ;

Quelques éléments de réponse à la question posée de la formation pour le 3e millénaire :

  • Les mutations en cours posent dans des termes nouveaux le rôle de l’école qui a une place essentielle et qui doit imaginer de nouvelles formes d’apprentissage. La vitesse de transmission de l’information en temps réel ne modifiera pas en profondeur la transmission du savoir aux nouvelles générations par le biais de l’école et de la culture qui, par définition, s’inscrit dans le long terme.
  • L’art et la manière de conjuguer le temps réel et le long terme vont déterminer les conditions de succès du système éducatif ; de ce fait les techniques du numérique mérite des enseignements particuliers : il est nécessaire de posséder une culture numérique affirmée et réelle et ne pas se contenter d’un simple usage ou d’un usage simpliste.
  • Internet n’est pas si simple, internet ne représente pas une source mais une multitude de sources qu’il s’agit d’identifier et de valider en s’assurant de leur légitimité et de leur pertinence ; le positionnement sur un moteur de recherche n’étant pas le bon indicateur. C’est pour dire que de nos jours, la maitrise d’une matière, d’une discipline ne suffit plus pour enseigner ; l’enseignant doit être en mesure de construire des interactions pédagogiques, d’avoir une capacité à innover et à se servir des outils pour donner le goût du savoir et donc mieux le transmettre.

Cela implique 3 pistes :

  1. Une véritable formation à l’information et aux médias avec l’approche de l’intelligence économique c’est-à-dire une bonne orientation des besoins et un traitement de l’information
  2. Une formation informatique à travers les concepts et les langages de programmation pour être en mesure d’exploiter les possibilités éducatives des outils
  3. Une formation à la pédagogie du numérique autour de ses valeurs : lien, partage, intelligence collective, participation, don de soi…

Le système éducatif est appelé à valoriser la capacité individuelle mise au service du collectif qui n’est pas la négation des individualités

Les usages pédagogiques innovants des TIC sont à ce prix, celui d’une culture numérique comme partie intégrante de la culture générale et du socle commun des connaissances.

L’école devient ainsi, le lieu où se développe la capacité de comprendre, d’apprendre et d’entreprendre et le lieu où on a autant à apprendre qu’à donner.

Le défi est donc de donner les moyens aux futures générations de construire cette culture, d’imaginer de nouvelles formes d’apprentissage coopératif.

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